CONNAÎSSEZ-VOUS :

Autrefois contremaître en fonderie, puis enseignant dans un lycée technique de banlieue parisienne, Jacques Barbero a d'abord milité dans le syndicalisme en même temps qu'il faisait de l'aviron en haute compétition.
Depuis plus de 30 ans que l'Évangile l'a rencontré, ce militant et fonceur de nature a engagé toute son énergie pour faire connaître le Livre qui a changé et sauvé sa vie : la Bible.
L'association "Une Bible par Foyer" qu'il a fondée en 1971 est au service de cette vision ... et de ce fardeau.

Pourriez-vous nous présenter en quelques mots l'association Une Bible par Foyer ?

C'est une association loi 1901 dont l'objectif est de propager la Bible par tous les moyens possibles. Le créneau que nous avons privilégié depuis le début est celui des stands bibliques.

Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Tout simplement pour reprendre une phrase de Victor Hugo, le plus célèbre des Français, qui a écrit : "Sachez que le livre le plus philosophique, le plus populaire, le plus éternel, c'est l'Écriture Sainte ... Donc, ensemencez les campagnes d'évangiles ! ... Une Bible par cabane". C'est cette dernière phrase que nous avons retenue, en l'adaptant.

Pouvez-vous nous dire quand et comment est née l'association ?

J'étais à l'époque ancien de mon église et particulièrement chargé de l'évangélisation : porte-à-porte, distribution de traités ... Il parait que j'excellais dans ce domaine, mais j'avais peu de temps car j'avais mon travail professionnel pendant la semaine.
En plus, c'est moi qui étais chargé de l'entretien de l'église ! Cela faisait 7 années que je consacrais tous mes samedis après-midi à balayer. Le Seigneur m'est témoin que j'ai beaucoup râlé car je pensais qu'il m'appelait à autre chose. Dieu a été extraordinaire : une chrétienne, à qui j'avais parlé de mon désir, m'a montré sa cave où se trouvait son matériel de marché (elle était une ancienne commerçante) et l'a mis à ma disposition. Parallèlement, un couple m'a dit :
"Jacques, on sait que tu as envie de sortir. Dieu nous a montré que nous devions te remplacer pour le nettoyage de l'église". C'était vraiment la réponse à ma prière. J'ai pu sortir mon premier stand. C'était en 1971.

Quelle est la situation aujourd'hui ?

Aujourd'hui, nous avons dépassé le cap de la centaine de stands bibliques. Cela va du petit stand mobile sur roues à des tables plus ou moins grandes, avec ou sans parapluie. Il y en a de toutes dimensions pour s'adapter à toutes les situations. Nous sommes à présents un peu partout en France.
A Paris, notre association est la seule qui a le droit de disposer pratiquement partout d'un stand de la Bible ! Il est d'ailleurs souvent arrivé que des églises qui s'étaient vues refuser l'autorisation par leur mairie se sont tournées ensuite vers "Une Bible par Foyer" pour l'obtenir !

A quelles conditions peut-on monter un stand "Une Bible par Foyer" ?

Il faut bien entendu adhérer à notre confession de foi qui est, à peu de choses près, celle de l'Alliance Évangélique et accepter le règlement intérieur. Sur l'Île de France, nous demandons aussi que les églises distribuent le traité "Savez-vous ?" qui donne un  grand nombre d'adresses des églises évangéliques pour que ceux qui sont intéressés par l"Évangile puissent aller dans l'église locale la plus proche de chez eux.
Tenir un stand de la Bible, c'est aussi s'engager à exposer prioritairement la Bible (au moins 50% de la surface) et, bien entendu, à ne pas créer de trouble.
Dans notre pays catholique, j'aime proposer plusieurs Bibles dont la TOB, la Bible de Jérusalem... En fait, on n'en vend pas beaucoup mais ça permet au gens de plus facilement nous approcher.

N'y a-t-il que sur les marchés qu'on peut avoir un stand de la Bible ?

A Paris, il y a aussi les sorties de métro. Il faut ajouter aussi que nous avons été présents pendant de très nombreuses années à la Fête de l'Humanité (18 années) ainsi qu'au Cross du Figaro (10 ans)? Ce furent des expériences inoubliables. Dans ces lieux, nous ne pouvons rien vendre, mais simplement distribuer l'Évangile. Nous ne nous en sommes pas privés, croyez-moi.
En 1983 et 1991, à l'occasion des spectacles de Robert Hossein à la Porte de Versailles à Paris ("Un homme nommé Jésus" et "Jésus était son nom"), ce sont au total près de 280 000 évangiles que nous avons donnés aux spectateurs pendant les deux fois cinq mois qu'ont duré les représentations. A l'époque, nous avions pu organiser la collaboration entre plusieurs églises parisiennes.

Est-ce que ce type de témoignage est plus difficile qu'autrefois ?

Le plus difficile est toujours de commencer. Une fois que vous êtes connus, les autorités ferment plus facilement les yeux. Leurs représentants finissent même par vous regarder d'un oeil assez sympathique.
Quant à la réceptivité des gens, il y a des moments où c'est très décevant et d'autres où "ça marche bien". Un pasteur à Marseille m'écrit qu'il n'a écoulé que 3 Bibles en l'espace de 5 mois alors qu'un autre à Choisy le Roi (banlieue parisienne) me fait savoir qu'il en a vendu 45 en 3 mois !

Une Bible par Foyer propose maintenant un petit stand mobile. Comment vous est venue cette idée ?

J'étais encore dans le hall de la Mairie où mon propre député-maire venait de répondre "non" à ma demande d'autorisation d'un stand dans sa ville. Nous en étions même arrivés à élever tous les deux la voix ! J'étais furieux et dépité.
L'idée m'est alors venue de créer un stand pour lequel nous n'aurions aucune autorisation à demander. Avec ce stand mobile, une carte de colporteur suffit. Or, celle-ci s'obtient facilement : il n'y a qu'à la demander à la Préfecture de son lieu d'habitation, de présenter une carte d'identité et une quittance de loyer. Avec elle, personne ne peut nous embêter.

Comment peut-on vous le demander ?

Ce stand mobile s'appelle "Onésiphore". Nous ne le vendons pas, mais nous le prêtons en échange d'une somme de 500 FF. Il suffit que l'église ou la personne ne veuille plus du stand. Elle nous le rend et nous lui restituons ,la somme. C'est pour nous une manière de contrôler que les partenaires de "Une Bible par Foyer" restent vraiment solidaires et respectent les "règles du jeu".

Vos plus grandes joies après ces presque 30 années d'existence d'Une Bible par Foyer ?

Je me rappellerai toujours la prière du Pasteur Bernard Clément lorsqu'il a demandé la bénédiction de Dieu sur mon premier stand. Il a été exaucé, lui qui me disait toujours de viser bien plus loin que la seule région parisienne. Avec ces 125 stands (chiffre de 2002), "Une Bible par Foyer" a fait bien des progrès après ses modestes débuts. Ce qui me réjouit le plus, c'est quand j'apprends qu'une personne est venue au baptême grâce à l'action d'un stand de la Bible. Gloire à Dieu !

Une peine ?

C'est celle de voir que les églises préfèrent le plus souvent "prosélyter" que vraiment évangéliser. C'est toujours : "venez chez nous" (sous-entendu, c'est mieux que chez le voisin) au lieu de "Venez au pied de la croix". Ça, c'est une réelle souffrance pour moi.
Pour reprendre une parole de l'Évangile (Lc 16:8), j'ai l'impression que les gens de ce monde sont bien plus avisés que les enfants de Dieu. Ces derniers se contentent de la pêche à la ligne en se réjouissant d'une poignée de baptisés par an (quand tout va bien), alors que je suis persuadé que ce serait une vraie pêche au filet si les chrétiens voulaient vraiment s'unir pour évangéliser...

Propos recueillis par Georges MARY